2 Paysage religieux en Suisse

L’appartenance religieuse de la population a été relevée dès le début de la statistique publique, soit dès le premier recensement fédéral, en 1850. Tous les dix ans, cette information a été saisie jusqu’en 2000. Depuis 2010, cette information est collectée chaque année dans le relevé structurel et complétée chaque cinq ans par les résultats de l’Enquête sur la langue, la religion et la culture (ELRC). 

Appartenance religieuse:

Certaines communautés religieuses ont été regroupées afin d’avoir des résultats statistiquement fiables et pour garantir une comparaison avec les résultats de 2014.

Communauté catholique (35%): il s’agit uniquement des catholiques romains.

Communauté protestante ou Eglises nationales protestantes ou Réformés (23%).

Autres communautés évangéliques ou évangéliques libres (1,5%): cette catégorie comprend les églises évangéliques libres régionales (FREE, FEG) et les communautés évangéliques internationales mais aussi les baptistes et anabaptistes, les méthodistes, salutistes, pentecôtistes et charismatiques, messianiques et adventistes.

Autres communautés chrétiennes (4,1%): cette catégorie comprend les orthodoxes et autres églises chrétiennes orientales (2,5%), les communautés luthériennes et les autres églises remontant à la Réforme ou les communautés chrétiennes internationales (1,1%), anglicanes, catholiques-chrétiennes (0,1%), ainsi que chrétiennes œcuméniques.

Communautés musulmanes et autres communautés issues de l’islam (5,3%) comprenant à la fois les sunnites, les chiites, mais aussi les alévis et les communautés soufies.

Autres religions (1,5%) comprend la communauté juive (0,2%), les hindouistes (0,6%), les bouddhistes (0,5%) et toutes les autres religions considérées comme telles (0,2%).

Sans appartenance religieuse (28%)

Source: OFS, Relevé structurel 2018

Durant ces dernières décennies, le paysage religieux en Suisse s’est passablement modifié: si la part de la communauté catholique s’est quelque peu réduite, celle de la communauté protestante connaît la baisse la plus forte (graphique 1). En 1970, 49% de la population se déclarait de communauté protestante, cette part s’élève à 23% en 2018 Les sources de données utilisées pour présenter l’évolution du paysage religieux en Suisse sont le recensement fédéral de la population (RFP, 1970–2000) et le relevé structurel (RS, depuis 2010). La dernière année disponible du RS est 2018. Tous les résultats présentés par la suite se basent sur l’ELRC 2014 et 2019. . La communauté catholique représentait 47% de la population de 15 ans ou plus en 1970 contre 35% en 2018. Ce recul s’est fait au profit notamment des personnes se déclarant sans appartenance religieuse. Entre 1970 et 2018, ce sont ces dernières qui ont le plus progressé. Si 1,2% de la population se déclarait sans appartenance religieuse en 1970, en 2018 elles représentent désormais plus d’un quart de la population (28%).

La pluralité religieuse a aussi progressé en Suisse durant la dernière décennie. À côté des deux principales appartenances religieuses que sont les communautés protestante et catholique, environ 12% de la population appartient à une autre communauté religieuse. La part des communautés musulmanes a augmenté entre 1990 et 2010, puis s’est stabilisée autour de 5% entre 2011 et 2018. La part des autres communautés chrétiennes ou évagangéliques et des autres religions a elle aussi augmenté, passant de 2,5% en 1970 à 7,1% en 2018.

Les communautés religieuses se différencient par divers aspects démographiques, dont essentiellement leur structure par âge (graphique 2) et leur composante migratoire (graphique 3).

La communauté catholique doit à la migration une plus grande stabilité de sa proportion au sein de la population: en effet, une partie importante des personnes qui ont immigré en Suisse au cours des dernières décennies étaient de religion catholique. L’arrivée de personnes d’origine espagnole et portugaise notamment, depuis les années 1990, a limité l’érosion de leur nombre. L’effet du rajeunissement de la communauté catholique par l’afflux de cette population s’est toutefois estompé et la population catholique est plutôt âgée avec 24% dans la tranche d’âge de 65 ans ou plus.

Les personnes de communauté protestante sont, en comparaison avec l’ensemble de la population suisse, plutôt âgées. Elles sont 35% dans la tranche d’âge de 65 ans ou plus. Les femmes sont en majorité (56% contre 51% pour la population suisse âgée de 15 ans ou plus). Contrairement aux catholiques, cette population n’a pas bénéficié de l’apport migratoire.

Les autres communautés évangéliques sont caractérisées par une structure par âge assez jeune – la majorité (53%) est âgée de moins de 50 ans – et constituées pour deux tiers de membres non issus de la migration.

Les membres des autres communautés chrétiennes sont plutôt jeunes avec 34% de personnes de 15 à 34 ans et seulement 11% de 65 ans ou plus. Les femmes sont en majorité (59%). La part provenant des flux migratoires a fortement augmenté ces cinq dernières années. En 2019, leurs membres sont 71% issus de la migration de la première génération et 15% de la seconde ou troisième génération contre respectivement 49% et 7,9% en 2014. Ils sont essentiellement de nationalité suisse (43%) et serbe (15%).

Les personnes des communautés musulmanes constituent un groupe de population très jeune. La part des 15 à 34 ans représente 48% de cette population et celle des 65 ans ou plus seulement 3,8%. Les hommes sont en majorité (58%). Les musulmanes et musulmans en Suisse sont principalement issus de la migration (97%). Ils sont ceux qui comptent la plus grande part de population issue de la migration de première génération (72%), mais aussi de deuxième ou troisième génération (25%). 40% des personnes de cette communauté sont de nationalité suisse Les personnes avec une double nationalité suisse et étrangère sont considérées de nationalité suisse. . Celles et ceux sans passeport suisse sont essentiellement de nationalité kosovare, turque et macédonienne du Nord. Après l’arrivée de personnes de nationalité turque (suite notamment au coup d’État de 1980), les communautés musulmanes ont été alimentées par la migration de personnes issues des Balkans pendant et après la guerre de Yougoslavie dans les années 1990.

Les personnes des autres religions qui comprennent notamment les communautés juives, bouddhistes et hindouistes sont plutôt jeunes et proviennent pour une majorité des flux migratoires: 54% sont issus de la migration de la première génération et 19% de la seconde ou troisième génération. La plupart sont de nationalité suisse (63%) et sri-lankaise (15%) Cette valeur se base sur moins de 30 observations. Elle est à interpréter avec précaution. .

Les personnes sans appartenance religieuse sont plutôt jeunes en comparaison de celles des communautés catholique et protestante et comptent davantage d’hommes (55%) que de femmes. Elles sont 35% à faire partie de la tranche d’âge de 15 à 34 ans et 13% de celle de 65 ans ou plus. C’est dans cette dernière tranche d’âge que la proportion de la population a le plus augmenté depuis 2014 (+1,7 point de pourcentage), traduisant aussi l’effet du vieillissement de la population. Elles font principalement partie de la population non issue de la migration (60%). Parmi la population issue de la migration de première génération se trouvent essentiellement des personnes de nationalité allemande, française, italienne, portugaise et espagnole.